Le Livre d’Al-Toghri

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Dans son premier roman, Al-Toghri, l’écrivain Youssef Rakha réinvente le plan de la ville du Caire sur les traces du sultan Al-Toghri. L’histoire de ce dernier sultan avant la chute des Ottomans se confond avec l’échec de la vie conjugale de Moustapha. Extrait révélant des épisodes de la fin qui marquent un retour merveilleux à la vie.

Chapitre

L’artiste chinois dont Moustapha avait lu le livre disait que ceux qui ne se connaissaient pas ne pouvaient pas instaurer une relation. La liaison étant le seul rempart contre la vacuité intérieure qui pouvait les menacer d’une dépression au premier écueil. Il est clair que Moustapha ne se connaissait pas du tout. D’où lui venait-il donc cette certitude que sa connaissance de lui-même était la raison de l’écroulement de son monde ? Sa connaissance de cette aptitude qu’il avait au malheur sur toute son étendue. Sa dernière énergie était là. Ou du moins ce qu’il voulait le plus. La connaissance — il le sentait — mettait les assises de l’écroulement. La connaissance voulait dire que tu possèdes des critères te permettant d’avoir un avis sur ton partenaire ? Dès que tu utilises ce critère, votre partenariat s’écroule. Si le vide y était installé, il n’y avait pas de raison de mesurer. Maintenant lorsqu’il réfléchit à sa compagne brune — la plus proche de la femme désirée —, il semblait étonné de n’avoir pas répondu à son amour dès la première rencontre, des années avant de rencontrer sa femme. Cela lui aurait permis de mieux se connaître. A chaque fois qu’il suivait le chemin de cette brune, il se prenait les pieds dans des embûches qui le faisaient revenir en arrière : elle avait la faculté de se comporter comme un enfant gâté, avec cette même ténacité et cette même bêtise. Sa personnalité était à l’encontre de sa manière d’agir (la théorie de l’enfant perdu). Il n’était pas convaincu de 90 % de ce qu’elle disait. Il détestait les contradictions de la société qu’elle personnalisait, la faiblesse de la vérité dans sa tête, elle répétait sans réfléchir à ce qu’elle disait.

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